TV Les Talk-Shows
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Un plateau lyrique et théâtral d'exception
L'émission de ce soir-là est restée dans les mémoires des mélomanes car elle a réussi l'exploit de réunir simultanément deux des plus immenses sopranos suédoises du XXe siècle :
- Birgit Nilsson : alors au sommet de sa gloire internationale (notamment pour ses interprétations de Wagner et de Strauss à Bayreuth et au Met de New York).
- Elisabeth Söderström : Autre immense figure de l'Opéra royal de Suède, connue pour sa polyvalence, sa finesse dramatique et sa collaboration étroite avec le réalisateur Ingmar Bergman.
La présence de ces deux divas, habituées aux plus grandes scènes du monde, conférait au show une dimension culturelle de très haut vol pour un soir de réveillon.
Une liste d'invités digne d'un gala
Au-delà de l'opéra, Lennart Hyland avait convié la crème de la scène théâtrale et musicale suédoise :
- Des monstres sacrés du cinéma et du théâtre comme Edvin Adolphson, Inga Tidblad et Jarl Kulle.
- Des figures majeures de la chanson et de la culture populaire comme Sven-Bertil Taube, Jan Malmsjö et Christina Schollin.
- La pianiste concertiste estonienne Käbi Laretei (qui était alors l'épouse d'Ingmar Bergman).
- Le groupe pop/folk Family Four et le jeune musicien Mandel/Mikael Ramel.
Dimanche 14 décembre 1969 : DIE DREHSCHEIBE (Allemagne)
C'est un moment de télévision absolument formidable et totalement surréaliste comme les années 60 savaient en offrir ! Réunir sur un même plateau de la ZDF deux géants aussi radicalement différents a donné lieu à une séquence culte de la télévision allemande.
Le choc des mondes (et des tailles !)
D'un côté, Birgit Nilsson, la plus grande soprano wagnérienne de son époque, une force de la nature suédoise connue pour sa voix d'acier capable de franchir les orchestres les plus denses. De l'autre, Charles Aznavour, le monument de la chanson française, poète de l'intime et de la mélancolie. Le contraste visuel était saisissant : Nilsson, impressionnante et d'une stature imposante, dominait joyeusement un Aznavour tout en retenue et plus petit qu'elle.
Une complicité pleine d'humour
L'émission Die Drehscheibe (qui mélangeait information et divertissement) a joué à fond la carte de l'autodérision. Loin de l'image austère que l'on pouvait prêter aux divas d'opéra, Birgit Nilsson était connue pour son sens de l'humour décapant. Durant l'émission, ils ont partagé un moment de complicité mémorable où Nilsson s'est amusée de leur différence de taille, allant jusqu'à chantonner ou esquisser quelques notes, créant un pont parfait entre la culture pop/variété et le monde de l'art lyrique.
Samedi 14 février 1970 : David Frost Show
Le passage de Birgit Nilsson au David Frost Show le 14 février 1970 est une archive précieuse. Ce type de talk-show américain, enregistré en public, offrait un contraste saisissant avec l'austérité des grands opéras, permettant à la soprano de déployer toute sa facétie.
La composition musicale
Accompagnée au piano sur le plateau, Birgit Nilsson a interprété l'un de ses rôles signatures les plus redoutables :
- « In questa reggia » (Turandot de Puccini) : C'est l'air d'entrée de la princesse de glace, connu pour ses aigus acérés et sa tessiture inhumaine qui doit passer par-dessus un orchestre complet. Le chanter dans un studio de télévision, avec un simple piano et une proximité immédiate des micros (et du public), était un tour de force. La puissance de ses contre-uts a littéralement soufflé le plateau.
Les anecdotes mémorables de l'émission
- L'impact physique de sa voix : Après sa performance de Turandot, David Frost, visiblement impressionné et un peu étourdi par le volume sonore, a plaisanté sur le fait que la voix de Nilsson était une force de la nature. La légende veut que lors des répétitions ou des balances, ses notes aiguës saturaient tellement les microphones de la production qu'il avait fallu reculer les appareils de captation.
- La pique légendaire sur Rudolf Bing : Au-delà de la célèbre réplique sur les « chaussures confortables » pour Tristan, l'interview a abordé ses relations légendaires et tumultueuses avec Rudolf Bing, le très rigide directeur général du Metropolitan Opera de New York. Nilsson, connue pour être une négociatrice hors pair et très protectrice de ses cachets, a décoché quelques flèches teintées d'humour sur la manière dont Bing gérait ses artistes, au grand plaisir du public américain.
- L'esprit de "La Nilsson" : David Frost a tenté de la faire parler de la rivalité entre les divas de l'époque (notamment avec Franco Corelli, son partenaire de scène habituel dans Turandot, avec qui elle faisait des concours de notes tenues). Fidèle à elle-même, elle a désarmé le présentateur avec un grand sourire et des réponses pleines d'esprit, prouvant qu'elle avait autant de répondant intellectuel que de coffre.
Samedi 15 mai 1971 : PA PARKETT. (Suède)
Le 15 mai 1971, Birgit Nilsson était l'invitée d'honneur de la toute première émission du nouveau grand talk-show de Lasse Holmqvist, intitulé « På Parkett » (Sur le parquet), diffusé sur la télévision publique suédoise (SVT). Ce soir-là, l'émission a donné lieu à un grand moment de télévision, mêlant la démesure de l'opéra à l'humour scandinave. Deux moments forts ont particulièrement marqué les esprits :
1. Le choc culturel : Birgit et les Parisiens (avec Sten Broman)
Le célèbre et excentrique musicologue, compositeur et animateur de télévision suédois Sten Broman était également sur le plateau. Connu pour son franc-parler et ses costumes sur mesure ultra-colorés, Broman a lancé une discussion mémorable sur la manière dont Birgit Nilsson avait littéralement « conquis les Parisiens » (un public réputé pourtant très difficile à l'époque pour le répertoire wagnérien et straussien). L'échange, plein d'esprit, soulignait la fierté nationale de voir une fille de fermiers suédois mettre l'Opéra de Paris à ses pieds.
2. Une performance impériale : Turandot
Au-delà des discussions, Birgit Nilsson a offert au public une démonstration vocale magistrale en direct. Accompagnée au piano, elle a interprété le redoutable air de l'acte II de Turandot de Puccini : « In questa reggia ».C'était le paradoxe absolu de Nilsson : elle pouvait plaisanter avec une simplicité déconcertante avec Lasse Holmqvist, puis, la seconde d'après, décocher des contre-uts d'une puissance phénoménale qui faisaient vibrer les projecteurs du studio de Malmö.
Dimanche 25 décembre 1977 : Stjärna mot stjärna
Grand classique de la télévision suédoise (SVT), cette émission dont le titre original est « Stjärna mot stjärna » (Étoile contre étoile) a été diffusée le soir de Noël, le 25 décembre 1977. Elle a réuni deux des plus immenses divas suédoises du XXe siècle, issues de mondes musicaux totalement opposés. Cette rencontre au sommet a été animée par le célèbre présentateur Lennart Swahn :
Le choc de deux mondes
L'intérêt principal de l'émission résidait dans le contraste saisissant entre les deux artistes, alors toutes deux à la fin de leur immense parcours.
- Birgit Nilsson : La reine incontestée de l'opéra, la plus grande soprano dramatique wagnérienne de son temps, dotée d'une voix d'une puissance et d'une clarté phénoménales. Elle incarne la haute culture, le prestige international et l'excellence technique.
- Zarah Leander : L'idole du contralto, star absolue de la chanson populaire, du cabaret et du cinéma des années 1930 et 1940 (notamment en Allemagne). Sa voix est incroyablement grave, théâtrale, sombre et chargée d'une immense nostalgie. Elle incarne le music-hall, la culture populaire et une histoire personnelle beaucoup plus tumultueuse et controversée en Suède en raison de sa carrière sous le Troisième Reich.
Les moments forts de l'émission
L'atmosphère de l'émission oscille entre l'humour piquant, la complicité évidente et une saine rivalité de divas (« Étoile contre étoile »).
- Le secret de leur vitalité : Interrogées par Lennart Swahn sur la façon dont elles parviennent à rester si énergiques et dynamiques après tant de décennies de carrière, toutes deux s'accordent à dire que c'est l'amour passionné de leur travail, la scène et une technique de respiration irréprochable qui les maintiennent éternellement jeunes.
- Le duo d'anthologie : Le climax absolu de l'émission est leur performance musicale partagée. Birgit Nilsson (la soprano) et Zarah Leander (la voix de basse/contralto) unissent leurs forces pour chanter le titre signature de Zarah Leander : « Vill ni se en stjärna » (Voulez-vous voir une étoile ?).
- Les performances solos : Au cours du show, Zarah Leander interprète également des morceaux poignants comme « Sång om syrsor » (La chanson des grillons).
Ce show de Noël 1977 est resté gravé dans les mémoires car il s'agit de la toute dernière apparition télévisée de Zarah Leander. Victime de soucis de santé et d'un accident vasculaire cérébral peu de temps après, elle se retirera définitivement de la scène avant de s'éteindre en 1981. Birgit Nilsson, quant à elle, continuera à chanter à l'opéra encore quelques années avant de prendre sa retraite. C'était le passage de flambeau, ou plutôt le dernier salut commun, de deux géantes de la voix suédoise que tout séparait, mais que l'amour de la scène réunissait le temps d'un réveillon.
Samedi 23 mai 1981 : Här är ditt liv
Ce talk-show est une émission culte de la télévision suédoise (SVT Malmö) intitulée Här är ditt liv (« C'est votre vie »), calquée sur le célèbre concept américain et britannique This Is Your Life. L'épisode consacré à Birgit Nilsson, orchestré par l'animateur star Lasse Holmqvist, a été diffusé le 23 mai 1981.
Le concept de l'émission
Le principe de Här är ditt liv reposait sur le secret absolu. Lasse Holmqvist « kidnappait » littéralement une célébrité sans qu'elle ne se doute de rien pour l'emmener sur le plateau. Là, l'invité était confronté en direct à des proches, des amis d'enfance et des collègues prestigieux venus raconter des anecdotes sur sa vie.
Les moments forts de l'épisode avec Birgit Nilsson
- L'ambiance musicale : Le pianiste de jazz suédois Jan « Tollarparn » Eriksson assurait l'accompagnement musical sur le plateau, donnant une atmosphère à la fois chaleureuse et décontractée, très typique de la télévision scandinave de l'époque.
- Les invités surprises : Pour retracer le parcours de « La Nilsson » — de sa jeunesse dans la ferme familiale de la péninsule de Bjäre jusqu'aux sommets du Metropolitan Opera —, plusieurs figures du monde de la musique et du spectacle ont fait leur apparition sur le plateau :
- Isa Quensel : La célèbre soprano et actrice suédoise qui avait été le professeur de chant de Birgit Nilsson à ses débuts à l'Académie royale de musique de Stockholm.
- Ragnar Ulfung : Le grand ténor suédois, complice de scène de Birgit Nilsson, connu pour son humour et leurs performances partagées dans les opéras de Verdi ou de Wagner.
- Johannes Norrby : Le directeur de la Philharmonie de Stockholm, témoin clé de l'ascension fulgurante de la chanteuse.
En 1981, Birgit Nilsson a 63 ans. Elle chante encore (elle vient de triompher au Staatsoper de Vienne dans La Femme sans ombre début mai), mais elle a commencé à envisager sa fin de carrière. L'émission a été l'occasion pour le public suédois de découvrir l'humour décapant et le sens de la répartie légendaire de la chanteuse.
Vendredi 8 janvier 1982 : NDR Talk-show
Ce NDR Talk Show, célèbre émission de la chaîne publique régionale nord-allemande NDR, enregistrée à Hambourg, a été diffusée le vendredi 8 janvier 1982. Lors de ce numéro, Birgit Nilsson partageait le plateau avec d'autres figures de premier plan de la culture et des médias allemands :
- Ruth Leuwerik : L'une des actrices de cinéma allemandes les plus populaires des années 1950 et 1960.
- Peter von Zahn : Un pionnier du journalisme télévisé et de la radio en Allemagne de l'Ouest.
Samedi 27 mars 1982 : Här är ditt liv
Le talk-show était animé par la figure emblématique du PAF suédois, Lasse Holmqvist. Le samedi 27 mars 1982, l'invité principal (ou plutôt la « victime » consentante du concept) était le ténor et acteur suédois Per Grundén. Dans cette émission, le principe voulait que l'invité soit « kidnappé » par l'animateur et emmené sur le plateau sans savoir ce qui l'attendait. Au fil de la soirée, des proches, des amis d'enfance et d'illustres collègues apparaissaient par surprise pour retracer sa carrière et raconter des anecdotes.
La participation de Birgit Nilsson
Birgit Nilsson (qui avait elle-même eu droit à sa propre émission Här är ditt liv l'année précédente, en mai 1981) est intervenue ce soir-là en tant qu'invitée mystère pour faire honneur à son confrère. Lors de son passage, elle a partagé des souvenirs mémorables de leur collaboration et de leur complicité, notamment :
- L'époque de Vienne : Ils ont évoqué leurs années sur les scènes autrichiennes, Per Grundén ayant été un membre très apprécié du Volksoper de Vienne.
- Le canular du journaliste : Birgit Nilsson a raconté avec beaucoup d'humour comment elle et Per Grundén avaient tendu un piège et fait une farce mémorable à Jussi Anthal, un journaliste suédois du journal Expressen.
Samedi 4 septembre 1982 : Rundt om Skoller
Ce talk-show s'intitule Rundt om Skoller (« Autour de Skoller »), une série de quatre grands divertissements du samedi soir conçus et animés par le chansonnier et animateur Eddie Skoller (parfois orthographié Eddy). La toute première émission de cette série a été diffusée le samedi 4 septembre 1982.
Le concept et les invités
L'émission copiait le principe des grands shows de variété et de talk-show de l'époque, mêlant interviews sur le canapé, sketchs humoristiques et performances musicales en direct, le tout orchestré par Eddie Skoller. Pour cette grande première du 4 septembre 1982, le plateau était particulièrement prestigieux. Aux côtés de Birgit Nilsson, on retrouvait :
- Anni-Frid Lyngstad (Frida du groupe ABBA), qui venait tout juste de lancer sa carrière solo avec l'album Something's Going On.
- Le comédien et humoriste norvégien Rolv Wesenlund.
- Le chanteur-compositeur danois Sebastian.
- L'actrice Kirsten Lehfeldt.
La présence de Birgit Nilsson
Voir Birgit Nilsson dans ce type de divertissement populaire et grand public montre une facette très appréciée de la cantatrice : son immense sens de l'humour, sa répartie et son absence totale de prétention hors de la scène d'opéra (bien loin de l'image de la diva wagnérienne rigide).
L'émission alternait entre des moments d'entretiens complices menés par Skoller et des séquences musicales. La productrice attitrée de ces quatre soirées était Lise Lotte Winkel.
Samedi 1 février 1986 : Da Capo - Im Gespräch mit..
Premier numéro du talk-show culturel allemand « Da Capo » (Im Gespräch mit...), diffusé sur la chaîne publique ZDF le 1er février 1986.
Ce programme était conçu et animé par August Everding, un grand nom du monde de la mise en scène et de la direction d'opéra en Allemagne. Le concept était intimiste : Everding recevait une légende de l'art lyrique pour un entretien d'une heure, entrecoupé d'archives vidéo rares et d'un questionnaire rituel très précis.
L'invitée du 1er février 1986 : Birgit Nilsson
Pour essuyer les plâtres de cette toute première émission, Everding a frappé un très grand coup en invitant Birgit Nilsson qui venait de faire ses adieux officiels à la scène depuis peu.
Ce qui rend cette émission particulièrement intéressante :
Birgit Nilsson évoque longuement ses rôles phares, en particulier Brünnhilde et Isolde. Elle y partage ses souvenirs de Bayreuth et sa collaboration avec Wieland Wagner.
Connue pour son sens de la répartie décapant et son caractère bien trempé face aux chefs d'orchestre tyranniques (comme Herbert von Karajan), Nilsson livre de nombreuses anecdotes piquantes sur les coulisses des plus grands opéras du monde.
August Everding n'étant pas un simple journaliste mais un homme de théâtre aguerri (il a dirigé l'Opéra d'État de Bavière), l'entretien n'est pas une simple promotion, mais une discussion d'égal à égal, technique et profonde, sur la psychologie des personnages wagnériens, la projection de la voix et l'évolution de la mise en scène.
La formule de cette émission a tellement bien fonctionné qu'elle a duré jusqu'en 1998, totalisant 48 épisodes. Après Nilsson, Everding a confessé les plus grands : Hans Hotter, Elisabeth Schwarzkopf, ou encore Martha Mödl.
Vendredi 14 mars 1986 : Gäst hos Hagge
Le talk-show Gäst hos Hagge (littéralement "Invité chez Hagge"), est animé par le journaliste et homme de théâtre Hagge Geigert sur la télévision publique SVT. Le concept de l'émission reposait sur un principe très précis : Hagge Geigert n'avait qu'un seul invité par émission, qu'il interrogeait en profondeur pendant près d'une heure.
Pour l'émission diffusée le 14 mars 1986, l'invitée était Birgit Nilsson.
Cette diffusion s'est inscrite dans un moment très particulier en Suède. L'émission a été diffusée exactement deux semaines après l'assassinat du Premier ministre suédois Olof Palme (survenu le 28 février 1986), une période où la télévision suédoise reprenait progressivement ses grilles de programmes habituelles après de nombreux jours de deuil national et de direct.
Au cours de cet entretien, Birgit Nilsson (qui avait pris sa retraite de la scène lyrique) est revenue avec beaucoup d'humour et de répartie sur sa carrière légendaire, ses exigences artistiques, et sa vie à la campagne après avoir quitté les plus grands opéras du monde.